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YORO NDIAYE

Yoro Ndiaye : "Je n’ai pas choisi, c’est la musique qui est venue à moi"

 

Yoro Ndiaye n’est désormais plus à présenter sur la scène musicale sénégalaise. A 40 ans, le natif de Mbacké a bien mûri depuis ses débuts, trouvant son propre style, authentique, avec des sonorités acoustiques, mêlées à du jazz, folk, et un mbalax cool, bien dosé, mettant en valeur sa voix soul, douce. Après avoir sorti trois opus, dont "Nittu nit" et "Lamissoo", qui ont permis au public de découvrir un nouveau son, frais, il est en préparation de son quatrième album. Rencontre avec un artiste qui refuse les dictats actuels de la musique et ne veut rien faire d’autre que du Yoro.

A Dakar,

Arborant fièrement ses rastas, vêtu en toute simplicité d’une jellaba grise, chez lui, dans sa maison, à Yoff, Yoro Ndiaye insiste, comme à son habitude, pour que ses hôtes prennent quelque chose à boire : un thé, un café touba, une boisson fraîche. En bon Sénégalais, du haut de ses 1m 80, il ne déroge pas au sens de l’hospitalité bien connu du pays de la Téranga. Celui qui a le sourire facile a su bien tisser sa toile, patiemment, sur la scène musicale sénégalaise, avant d’être connu du grand public. Yoro Ndiaye a en effet connu des années de galère, effectuant des petits boulots avant de connaître la consécration. Accompagné de quatre musiciens, il confectionne lui-même sa musique et ses textes, sous son propre label. L’artiste tient à préserver son authenticité. Pas question de dénaturer sa musique ou de le pousser vers une voie qui ne lui ressemble pas. « Je veux prendre le temps de faire de la musique de qualité et non commerciale. C’est important et je refuse de tomber dans la facilité », assure-t-il. Il s’est aussi fait un nom à l’international où il participe à des Festivals de musique, notamment en France, en Italie, ou encore au Canada. Il a aussi été l’invité, en janvier, de l’émission "Plus d’Afrique", sur Canal plus, qui présente les artistes africains du moment, promu à un bel avenir...

Afrik.com : Vous êtes en phase de terminer votre quatrième album. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce nouvel opus ? 
Yoro Ndiaye :
 Ce quatrième album devrait s’intituler Best of. On n’a pas encore arrêté définitivement le titre de l’album, mais pour le moment, c’est celui qu’on a retenu. On a plusieurs projets en cours actuellement par rapport à cet album, c’est juste une question de calendrier et le temps que les choses se mettent en place. Mais j’ai prévu de me produire, en avril prochain, à Montréal, au Canada notamment, en plus de mes représentations au Sénégal.

Afrik.com : Yoro Ndiaye est aujourd’hui un nom bien connu sur la scène musicale sénégalaise. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire de la musique ? 
Yoro Ndiaye :
 La musique est venue à moi de façon naturelle. Je ne l’ai en fait pas choisie. C’est le destin, je dirais même. Depuis tout petit, à chaque fois que j’avais l’occasion de chanter, je le faisais. C’est en classe de troisième, après avoir décroché mon brevet des collèges, que j’ai vraiment su que c’est ce que je voulais faire dans ma vie. J’ai eu la chance de rencontrer un groupe de musiciens avec lequel je suis devenu ami, et il m’a appris à faire de la guitare. J’ai aussi eu l’occasion de passer des auditions pour intégrer le Centre culturel de Diourbel qui cherchait de jeunes chanteurs et j’ai été sélectionné. Je chantais donc régulièrement dans ce centre culturel chaque fois qu’une occasion se présentait ou qu’une cérémonie avait lieu. J’y ai même même joué des pièces de théâtre.

Afrik.com : Vous avez un style musical propre à vous, avec des sonorités très acoustiques, folks, bien loin de ce que les Sénégalais ont l’habitude d’entendre. Pourquoi avoir choisi ce registre ? 
Yoro Ndiaye : 
Je ne l’ai pas choisi. En jouant régulièrement de la guitare, ce style est venu à moi, librement. Au début, je jouais et chantais vraiment de façon spontanée. Au fur et à mesure, j’ai réappris à jouer pour que ma musique soit plus structurée. J’ai compris les différentes façons de jouer de la guitare par exemple et j’ai acheté des bouquins pour apprendre et me perfectionner. J’ai aussi eu l’occasion de beaucoup voyager dans le monde. Tout cela m’a permis d’apprendre, de vivre de nouvelles expériences pour enrichir ma musique.

Afrik.com : Peut-on dire que 2008 est l’année de votre consécration avec le titre Xarit, où vous évoquez la valeur de l’amitié entre deux personnes, qui a eu un grand succès et a été diffusé sur toutes les radios et chaînes de télévision ? 
Yoro Ndiaye :
 J’ai vécu effectivement une très belle année musicale avec le titre Xarit qui a été apprécié par tous au Sénégal. A travers ce titre, j’ai tout simplement parlé de mon vécu, de ma propre expérience. L’amitié est une valeur importante et sera toujours d’actualité. Je pense que tout le monde s’est retrouvé dans ce morceau, les jeunes, comme les plus âgés, les femmes, les hommes, les enfants. Il a touché vraiment tout le monde. Pourtant, pour moi, ce n’était pas le meilleur titre de l’album (rires).

Afrik.com : Dans vos titres vous dénoncez aussi des maux de la société sénégalaise. Peut-on vous considérer comme un chanteur engagé ? 
Yoro Ndiaye :
 Effectivement je dénonce les maux de la société sénégalaise. Toutefois, je veille à ne pas dire des choses déplacées qui peuvent heurter ou créer des polémiques. Je dénonce ce qui se passe d’une manière objective, posée, sans chercher à blesser qui que ce soit.

Afrik.com : Comment voyez-vous votre avenir sur la scène musicale sénégalaise où la concurrence est rude ? 
Yoro Ndiaye :
 L’univers de la musique est devenue très difficile. Ce n’est un secret pour personne, surtout pour les artistes comme moi qui refusent de céder à la facilité ou aux logiques commerciales. C’est donc un combat de tous les jours pour continuer à faire de la musique de qualité, en prenant le temps d’écrire mes textes, de soigner mes sonorités. Mais parfois, le temps nous manque car quand on est trop longtemps absent de la scène, on peut vite se faire oublier. L’industrie du disque est cruelle et ne pardonne pas. Il faut essayer d’être tout le temps sur le devant de la scène, alors que les artistes manquent beaucoup de moyens. Même pour faire nos répétitions, il faut payer, sans compter qu’il faut rémunérer les musiciens... On peut très facilement se retrouver à manquer d’argent pour s’en sortir. C’est pour cela que je parle d’un combat quotidien, où il faut s’accrocher pour continuer à faire de la musique, tout en sachant qu’on peut manquer de ressources financières à tout moment dans l’année.

Afrik.com : Quelles sont les solutions, selon-vous, pour permettre aux artistes de mieux s’en sortir ? 
Yoro Ndiaye :
 Il faut un cadre réglementé de l’industrie du disque. Au Sénégal, les droits d’auteurs des artistes sont constamment bafoués. Il y a un vrai travail à faire pour réglementer et structurer le secteur en mettant par exemple une loi qui imposerait à tous le respect des règles de base pour assurer la survie des artistes. Mais le manque de volonté politique est lié au fait que les choses se mettent si lentement en place.

(article issu de Afrik.com)



05/03/2015
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