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SAMUEL BOUBANE KALY : justicier de KÚdougou

 

DOSSIER : A LA DÉCOUVERTE DE LA RÉGION DE KÉDOUGOU, AU SÉNÉGAL (...)

SÉNÉGAL - CONFLIT - COOPÉRATION - DÉVELOPPEMENT - POLITIQUE

Samuel Boubane Kaly, le justicier de Kédougou

JEUDI 9 AVRIL 2015 / PAR ASSANATOU BALDÉ

Samuel Boubane Kaly

Portrait du dossier spécial proposé par Afrik.com sur la région de Kédougou. Quand les jeunes de son âge sortent en boîte de nuit ou sirotent tranquillemeny le thé, Samuel Boubane Kaly, lui, 30 ans, se bat pour le développement de Kédougou, région la plus pauvre du Sénégal. Il a été à la tête d’une manifestation en 2008 contre la misère dans la région, abandonnée par l’Etat sénégalais. Un combat qui lui vaut d’être torturé et emprisonné pendant quatre mois. Rencontre avec un épris de justice pour les plus démunis.

A Kédougou

Quand on marche avec lui, il vaut mieux être endurant. Lui peut parcourir des kilomètres, toujours d’un pas vif, tout en s’arrêtant régulièrement pour saluer des connaissances par-ci et par là. Il en a l’habitude. C’est son quotidien à Kédougou. Toujours vêtu de façon pratique, un jean, un tee-shirt, sans oublier son sac à dos, qui lui donne des airs d’un éternel baroudeur, Samuel Boubane Kaly n’a jamais une minute à perdre. Même pour prendre son petit déjeuner. Pas le temps. Debout à 6h du matin, le jeune homme longiligne, d’un mètre 80, est sur tous les fronts pour épauler sa région, qui est toujours la plus pauvre du Sénégal. Pour le natif de du village d’Endema, à Salamata, c’est la même routine tous les jours. Il quitte sa résidence, située dans un petit village, pour se rendre au centre-ville, où il doit régler 1000 problèmes.

« Je ne me repose jamais à Kédougou »

Issu de la communauté des Bassary, le jeune homme de 30 ans, troisième d’une fratrie de six enfants, a déjà des responsabilités de père famille. Il est très sollicité pour aider certains de ses parents à avoir des extraits de naissance, donner des cours de scolarité. Sans compter qu’il gère une association de jeunes footballeurs et que le dimanche il participe aux activités organisés par sa communauté à la paroisse de Kédougou. « Je ne me repose jamais à Kédougou, quand un problème se termine un autre arrive », affirme-t-il dans un sourire. Aujourd’hui encore, il se hâte pour se rendre à la gendarmerie. Certains membres de ses parents Bassary, comme il aime dire, ont chassé dans une forêt de la région sans autorisation. Ils ont été surpris et arrêté. « Je dois négocier avec les gendarmes pour tenter de les faire libérer », dit-il dans un long soupir. « Que faire ce sont mes parents je dois les aider bien qu’ils ne me facilitent pas la vie parfois », dit-il. Mais ce genre de situation Samuel est une routine pour Samuel, qui n’a visiblement jamais de répit dans sa région.

Il faut dire que celui qui s’adresse à ses interlocuteurs toujours d’une voix posée, poliment, a une affection particulière pour Kédougou, dont il consacre son temps pour améliorer le quotidien de ses concitoyens. Il y a débarqué pourtant que lorsqu’il avait quatre ans. « Mon père comme tous les villageois alentours venait ici cherchait un boulot ». Et c’est par hasard qu’il sera inscrit à l’école après avoir rencontré un prêtre français auquel il demandait un pneu pour s’amuser avec ses camarades. Ce dernier découvre que le petit Samuel n’est pas à l’école. Il l’inscrit sur le champ dans la même école que son grand-frère. « C’est vraiment par hasard si j’ai intégré l’école car les Bassary étaient réticents à envoyer leurs enfants à l’école. Mon père a d’ailleurs su très tardivement que j’allais à l’école en fait », raconte-t-il en souriant.

Inscrit à l’école par hasard

L’école lui a ouvert finalement les portes pour se mettre au service de la région. Kédougou reste la région la plus pauvre du pays. Ici il n’y a pas infrastructures, pas d’hôpital, pas d’éclairages publics. Lui, avec ses connaissances acquises dans ses études, s’est engagé à aider au changement. D’ailleurs c’est précisément pour cela qu’il s’est inscrit en master d’aménagement des territoires à l’université cheih Anta Diop, à Dakar. Il y prépare un mémoire sur l’impact des activités des sociétés minières dans la région et sur la population. Il n’hésite pas à se rendre régulièrement sur les sites miniers à la rencontre des orpailleurs, allant parfois jusqu’à descendre sous terre avec eux pour comprendre dans les moindres détails leur situation.

Selon lui, l’arrivée en 2009 des sociétés minières a créé beaucoup de problèmes. « La population ne tire aucun bénéfice de l’exploitation de l’or, et la région vit une catastrophe écologique à cause des activités de l’extraction minière qui provoque la déforestation. Il y a aussi le développement de l’insalubrité, et de la prostitution aussi », dénonce-t-il. Il veut attirer l’attention sur tous ces problèmes pour que Kédougou ne soit encore une fois lésée et la dernière roue du carrosse. Il s’intéresse aussi aux nombreux paysans qu’il a rencontré dans le cadre de ses enquêtes. Certains lui ont confié avoir été expulsés de leurs terres pour que les sociétés minières puissent exploiter l’or de la région.

Du combat contre la misère à la prison

Son combat pour le développement de Kédougou tout le monde le connait. Il ne passe d’ailleurs jamais inaperçu lorsqu’il se promène dans les rues du centre-ville. Poignées de mains par-ci, sollicitations par là. Ici il n’est pas n’importe qui. Le jeune homme s’est fait un nom lors des émeutes de décembre 2008. Il est à ce moment-là en deuxième année de master à l’université de Cheikh Anta Diop. A la tête de l’association des étudiants de Kédougou, il décide d’organiser une marche à l’occasion de la visite du président Abdoulaye Wade pour lui signifier les difficultés que vit sa région depuis plusieurs décennies. Ce qu’il croyait être une petite manifestation se transforme en foule gigantesque. « Toute la population de Kédougou, et même des villages alentours a participé à la manifestation, on ne s’attendait pas à ce qu’il y ait autant de monde », raconte-t-il, esquissant à nouveau un sourire. « Il faut dire que la population était excédée par la dureté de la vie et l’Etat de pauvreté de la région. Elle voulait se faire entendre par le Président », précise-t-il. Mais la gendarmerie, qui n’avait jamais vu une foule aussi immense, décide de disperser la marche. L’un des gendarmes tire alors sur un jeune homme d’une balle dans la tête. Il meurt sur le coup. C’est la débandade. La foule en colère saccage la ville. La préfecture et la gouvernance sont mises sens dessus-dessous. Seule la mairie est épargnée. Dix-huit de ses camarades sont interpellés par la gendarmerie.

Quand à Samuel, il passe entre les filets des forces de l’ordre. Il est recherché dans toute la ville. Sa famille est surveillée, on lui met la pression pour l’obliger à dire ou se trouve le jeune homme, qui finit par se rendre finalement. « Je me suis dit que je n’avais rien fait de mal, je n’avais pas à me cacher même si je savais qu’il ne m’aurait jamais retrouvé si j’étais resté caché ». Une fois à la gendarmerie, il est torturé, battu presque à mort. « J’étais inconscient quand il m’ont emmené à la maison d’arrêt de Kédougou. Mais mon sort m’importais peu, je ne regrettais rien car je savais que notre combat était juste ». Lui et tous ses camarades sont ensuite transférés à la maison d’arrêt de Tambacounda, où ils sont jugé par le tribunal. Le verdict tombe. Samuel et ses camarades écopent de trois ans à 10 ans de prison ferme.

« J’aime défendre les plus faibles »

Une décision qui met en colère les habitants de Kédougou mais aussi leurs voisins de Tamboucounda, qui leur apporte leur soutien. La Raddho, des ONG comme Amnesty International, des Sénégalais de la diaspora, les défendent bec et ongle et font pression sur le gouvernement pour leur libération. Même les lycéens de Tambacounda se mettent en grève pour exiger leur libération. Des mères de famille et population de toute part leur apporte régulièrement des repas à manger. « On a été vraiment soutenu, c’est ça qui nous a permis de tenir en prison et surtout on n’avait la conscience tranquille, nous étions innocents », raconte-t-il.

Les efforts de leur soutien finissent par payer. Quatre mois après ils sont libérés. Le gouvernement d’Abdoulaye Wade leur envoie un émissaire et propose qu’ils l’accompagnent à son meeting à Kédougou, qui coïncidait avec le jour de leur libération. Refus catégorique de Samuel et ses compagnons qui se rendent en bus au point de rendez-vous qu’ils avaient donné à la population de Kédougou, près du centre-ville, qui les y attendait. Quand au meeting du président Wade il est finalement boycotté par la population qui n’avait pas décoléré contre le pouvoir. « Par la suite le gouvernement a essayé de m’acheter avec une enveloppe d’un million de Fcfa. Ils m’ont appelé pour me donner un rendez-vous mais j’y suis jamais allé », se remémore Samuel. Son engagement pour Kédougou a eu des échos à l’international, puisqu’il a été invité à la fête d l’humanité et a pu visiter l’université de Toulouse ou de nombreux étudiants sénégalais l’ont accueilli en héros. « J’aime défendre les plus faibles. Les plus forts, qu’est ce que je peux leur apporter de plus ? », aime-t-il dire.

Alors que beaucoup dans la zone rêvent d’aller en Europe, lui est pressé de s’établir à Kédougou. Le jeune homme qui s’apprête à terminer son master fourmille de projets pour le développement de sa région. « J’aime Kédougou, c’est ici que je me suis fait », tient-t-il à souligner. « Je dois être utile à ma région. Dès que termine mes études je cherche du boulot ici ou je crée ma propre organisation », projette le justicier de Kédougou.

 

(article issu de AFRIK;COM)



15/04/2015
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